Quatre ans après son dernier match professionnel, qu'est devenu Hatem Ben Arfa ? A-t-il vraiment raccroché ? Entre courts de padel en banlieue parisienne, SCI immobilières discrètes, et quelques matchs de five… On a retrouvé les traces de l'éternel espoir du football français.
Une fin de carrière discrète
Il y a des carrières qui s'éteignent, et puis il y a celle d'Hatem Ben Arfa. Pas de tournée des stades, pas de match d'adieu, pas d'interview face caméra avec un communiqué lacrymal. Juste un dernier match anodin, le 2 avril 2022, sous le maillot de Lille face à Bordeaux (0-0). Puis plus rien. Le silence radio. Le natif de Clamart, considéré par ses pairs comme l'un des plus grands dribbleurs de l'histoire du foot français, a tout simplement décidé de disparaître. Sans annoncer sa retraite. Sans rien dire à personne.

L'Équipe, en février 2026, a synthétisé l'affaire en une formule : "il a totalement disparu des radars sans jamais annoncer sa retraite". À 39 ans, Hatem Ben Arfa reste, plus que jamais, une énigme. Mais une énigme qu'on peut, en cherchant bien, décrypter. Parce que loin des projecteurs, il s'est construit une seconde vie. Une vie obsessionnelle. Une vie de raquettes, de SCI parisiennes et de gymnases en banlieue.
Le tacle contre Jean-Michel Aulas
Mai 2023. Jean-Michel Aulas vient d'annoncer son départ de l'OL, après plus de trois décennies à la tête du club. Pendant que Karim Benzema, Sidney Govou et toute une génération signent des hommages bien sentis sur les réseaux, Ben Arfa, lui, sort la fourche. Une story Instagram, une photo d'Aulas, et un commentaire en forme de coup de poignard : "Tu ne vas pas manquer au football. Au revoir."

Cinq mots. Pas un de plus. C'est tout Hatem Ben Arfa : un talent fou, et une incapacité chronique à fermer sa bouche au bon moment. C'est aussi, symboliquement, son acte de rupture définitif avec un monde qu'il a aimé, qu'il a haï, et qui le lui a bien rendu. Quelques mois plus tôt, Marignane-Gignac, un club de National, avait carrément refusé ses services, selon le journaliste Raph Chader. Marignane. National. Pour un mec qui dribblait Bayern et Tottenham en Premier League dix ans plus tôt, le séisme symbolique est total.
Ben Arfa et son obsession pour le padel !
C'est là que l'enquête sur Ben Arfa devient passionnante. Parce que pendant que les médias spéculent sur une éventuelle "retraite officielle", Ben Arfa fait autre chose. Il joue au padel. Mais pas en touriste du dimanche : en forcené.
Le Parisien, en novembre 2023, est le premier à mettre la main sur le pot aux roses. HBA est licencié au club 4Padel Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Et il ne fait plus que ça. Quatre à cinq fois par semaine d'abord. Selon un de ses anciens coachs cité par Le Parisien : "Il doit jouer trois ou quatre heures par jour".

Les chiffres sont vertigineux pour un amateur :
- 70 tournois disputés en 2023, soit plus d'un par semaine
- 80 tournois en 2024 — un record battu !
- Classement français : passé de la 1,342e place fin 2023 à environ la 773e place en mai 2026 (sur plus de 45,000 joueurs classés)
- Stages réguliers à Barcelone et Marbella pour bosser son jeu
- Entraîneur attitré à Montreuil : Bilal Duprat, 85e joueur français
Et il joue avec une raquette de pro, la Babolat Viper Juan Lebron modèle 2026, selon le site PadelSpeak. La même que les compétiteurs sérieux.
Ses partenaires ? Un casting improbable. Sylvain Wiltord, son ancien coéquipier en Bleu, devenu enseignant de padel diplômé. Le fils de Luis Fernandez. Le frère de Gaël Monfils. Christophe Jallet. Des anonymes. Une vraie tribu de la banlieue parisienne du padel.

Le 4 février 2024, lors d'un P250 au 4Padel Marville, le duo Ben Arfa-Wiltord atteint la 4e place. Quart de finale gagné contre les têtes de série n°5, défaite en demie contre les n°1. Un vrai exploit pour des reconvertis. Un coach de padel résume parfaitement : "Hatem est très bon dans la lecture de jeu, en défense et dans les changements de direction, ce qui faisait sa force au foot. C'était beaucoup plus difficile à la volée au début mais il a énormément progressé." Et puis cette pique amicale d'un proche, citée dans Le Parisien : "Comme au foot il utilise beaucoup son talent et ne court pas trop." Ben Arfa, fidèle à lui-même, jusque dans sa reconversion.
Le business : huit sociétés, l'immobilier comme matelas
C'est ici qu'on entre dans la zone que peu de médias ont creusée. Hatem Ben Arfa, l'artiste, le poète du ballon, est aussi un chef d'entreprise plutôt actif. Une consultation des registres publics (Infonet, Dirigeant.com, Société.com) révèle qu'il dirige huit sociétés — huit mandats.
Le secteur ? Principalement l'immobilier. On trouve notamment :
- La SCI Villa Malory, dont il est gérant et associé indéfiniment responsable, basée à Paris
- La société 4809 M, activités immobilières
- HBA 18, secteur immobilier
Le 4809 n'est pas anodin : c'est l'altitude du Mont Blanc. Un détail qui en dit long sur le côté soigné, presque artistique, du joueur.

Plusieurs sources locales évoquent aussi des biens dans la région niçoise, où il s'était installé pendant sa saison glorieuse à l'OGC Nice (2015-2016). L'agence Century 21 du French Riviera a même publié un portrait flatteur de lui, du temps de son passage sur la Côte.
À Paris, sa résidence principale, et plusieurs investissements locatifs qui transitent par ses SCI. Le matelas est confortable : ses contrats au PSG, à Newcastle ou à Nice (sans parler de la condamnation gagnée contre le PSG pour 100,000 € en 2021) lui ont laissé largement de quoi voir venir.
Le rappeur, le five et la blessure d'orgueil
Et puis il y a cette histoire. Celle racontée par le rappeur SDM, qui a fait le tour des médias en novembre 2025. Selon le rappeur des Hauts-de-Seine, deux ans plus tôt, il avait organisé un match de five à Thiais (94). En face : l'équipe d'Hatem Ben Arfa. Score final : +2 pour l'équipe de SDM, qui alignait Issouf Macalou (D1 roumaine, Cluj).

HBA, vexé, demande la revanche, ramène une nouvelle équipe… et reperd. SDM raconte avec hilarité que cette double défaite aurait précipité la rupture définitive entre Ben Arfa et le ballon rond. Anecdote ? Probablement. Légende urbaine du 94 ? Sans doute. Mais elle dit quelque chose de vrai : à un moment, le foot a cessé de l'amuser.
La docu-série sur Ben Arfa qui devrait voir le jour avant 2027
Et puis il y a la bombe. Celle qu'a lâchée fin mai 2026 le réalisateur Bruno Sevaistre dans le podcast Aliotalk. Sevaistre, déjà auteur du mythique documentaire "À la Clairefontaine" (où l'on voit un Ben Arfa adolescent se prendre le bec avec Abou Diaby), a filmé HBA pendant 14 ans, entre 2010 et 2024. Des images exclusives, prises caméra à l'épaule, depuis le passage à l'OM jusqu'à la fin de sa carrière en 2022.
Le projet ? Une docu-série en huit épisodes de 40 minutes. Pendant longtemps, ni le réalisateur ni le joueur n'étaient convaincus de sortir le bébé. Ben Arfa, lui-même, ne voulait pas. Et puis l'idée a mûri. "Aujourd'hui, on est satisfaits, on est même plutôt contents de ce qu'on a", raconte Sevaistre dans Aliotalk. "On a beaucoup travaillé après avoir repris moult fois l'ouvrage et fait beaucoup de versions. Aujourd'hui, on est d'accord tous les deux."

Sevaistre lui-même se sent en partie responsable du mythe Ben Arfa : "Je me sens un peu responsable de toute l'exposition médiatique autour de Hatem et de la conséquence que ça a eu sur sa carrière. (…) On ne voit pas toujours le meilleur de Hatem. Je l'ai filmé en pleurs avec ses proches, mais c'est un garçon qui est l'exact opposé de sa réputation. Il est sensible, sérieux, fragile."
La plateforme de diffusion reste secrète, mais le premier épisode pourrait sortir avant fin 2026. C'est probablement le seul rendez-vous médiatique que HBA acceptera dans les prochaines années... et il l'a soigneusement préparé pendant quinze ans.