Les joueurs du Maghreb au sommet : qui a déjà flirté avec le Top 10 ?
Premier détail qui pèse lourd dans l'histoire : jusqu'en 1994, le Ballon d'Or était réservé aux joueurs européens. Aucun footballeur maghrébin, quelle que soit sa saison, ne pouvait donc apparaître au classement. Ce n'est qu'à partir de 1995 que les joueurs évoluant dans un club européen deviennent éligibles, puis en 2007 que le trophée s'ouvre à la planète entière. Autrement dit, le Top 10 n'est ouvert aux Lions de l'Atlas, aux Fennecs et aux Aigles de Carthage que depuis une grosse vingtaine d'années. Sur cette période, ils ne sont que deux à y être parvenus.
Riyad Mahrez (Algérie) — le pionnier

En décembre 2016, au sortir de son sacre surréaliste en Premier League avec Leicester (17 buts, 11 passes décisives, élu meilleur joueur du championnat par ses pairs), Riyad Mahrez devient le tout premier Maghrébin classé dans le Top 10 du Ballon d'Or, à une superbe 7ᵉ place. Il récidivera à la 10ᵉ place en 2019, porté par le titre de champion d'Afrique remporté avec l'Algérie, avant un 12ᵉ rang en 2022. Trois apparitions dans l'élite mondiale : une régularité inédite pour un joueur formé de l'autre côté de la Méditerranée.
Achraf Hakimi (Maroc) — le record absolu

En septembre 2025, le latéral du Paris Saint-Germain efface tout le monde. Au terme d'une saison de quadruplé couronnée par la première Ligue des champions de l'histoire du PSG, Achraf Hakimi termine 6ᵉ du Ballon d'Or avec 484 points — le meilleur classement jamais atteint par un joueur maghrébin, devant même un certain Kylian Mbappé. Et il le fait depuis un poste de défenseur, là où la récompense n'a quasiment jamais souri à un autre qu'un attaquant ou un meneur de jeu.
Les joueurs franco-maghrébins ayant déjà gagné le Ballon d'Or
Si aucun Maghrébin n'a gagné sous ses couleurs, le trophée a déjà été soulevé deux fois par des joueurs aux racines algériennes, mais sous le maillot français :
- Zinedine Zidane (1998) — fils de parents kabyles originaires d'Algérie, sacré l'année du titre mondial des Bleus.
- Karim Benzema (2022) — d'origine algérienne, récompensé après une saison de légende au Real Madrid et une Ligue des champions de gala.

Deux Ballons d'Or portent donc déjà, d'une certaine manière, un héritage maghrébin.
Le Maghreb n'a jamais manqué de génie. Il lui a manqué le bon joueur, au bon poste, dans le bon club, la bonne année. L'équation du Ballon d'Or
Les héritiers du Maghreb : qui peut viser le trophée d'ici 2035 ?
Lamine Yamal — le candidat le plus réaliste

Impossible de parler d'avenir sans commencer par lui. À 18 ans, le prodige du FC Barcelone a fini 2ᵉ du Ballon d'Or 2025 (1,059 points), derrière Ousmane Dembélé, et a raflé un deuxième Trophée Kopa consécutif — une première historique. Or son père, Mounir Nasraoui, est marocain, originaire de Larache. Yamal a choisi l'Espagne et a déjà gagné l'Euro 2024 avec la Roja, mais ses racines restent profondément maghrébines. S'il décroche un jour le Graal, ce sera le premier sacre d'un joueur marocain dans l'histoire du Ballon d'Or.
Ce qu'il lui faudrait
- Confirmer sa trajectoire stratosphérique sans blessure majeure et devenir le patron offensif du Barça.
- Soulever une Ligue des champions et porter l'Espagne à un titre mondial ou continental supplémentaire.
- Des saisons à 25-30 buts et autant de passes décisives, le standard d'un n°1 mondial.
Achraf Hakimi — si proche, mais le poste plafonne

À 26 ans, Hakimi a prouvé qu'un Maghrébin pouvait entrer dans le carré magique. Mais l'histoire est cruelle avec les défenseurs : seuls Beckenbauer et Cannavaro ont gagné le Ballon d'Or depuis l'arrière. Pour briser ce plafond de verre, il faudrait une conjonction quasi parfaite.
Ce qu'il lui faudrait
- Une Coupe du monde 2026 où le Maroc réaliserait l'exploit de soulever le trophée.
- Une nouvelle saison de domination totale avec le PSG, ponctuée d'une Ligue des champions où il serait décisif des deux côtés du terrain.
- Un récit individuel assez puissant pour faire oublier aux votants qu'il est latéral. L'objectif honnête reste le podium.
Les autres espoirs marocains qui pourraient un jour gagner un Ballon d'Or
Derrière les cadres, une génération entière frappe à la porte des plus grands clubs : Bilal El Khannouss (21 ans, milieu créateur), Eliesse Ben Seghir (passé de Monaco au Bayer Leverkusen), Chemsdine Talbi, Neil El Aynaoui (AS Rome) ou encore Ayyoub Bouaddi, courtisé entre la France et le Maroc.

Aucun n'est encore un candidat sérieux, mais l'un d'eux peut le devenir : il suffit d'une explosion dans un cador européen et d'un parcours marquant en sélection.
Le Ballon d'Or maghrébin n'est peut-être pas encore né
Et c'est sans doute là que se trouve la vérité la plus excitante. Le futur lauréat n'a peut-être que 12 ans aujourd'hui, sur un terrain de Casablanca, d'Alger, de Tunis ou dans un centre de formation de banlieue européenne. Plusieurs forces convergent pour rendre ce sacre inéluctable.

Des structures de formation qui se professionnalisent. L'Académie Mohammed VI de football, près de Rabat, a industrialisé la détection et a déjà alimenté la sélection demi-finaliste du Mondial 2022, de Nayef Aguerd à Azzedine Ounahi. Le Maghreb ne se contente plus d'exporter des talents bruts : il les forme désormais aux standards des meilleurs académies du continent.
Une mondialisation qui joue en faveur du vivier. Des dizaines de binationaux passent aujourd'hui par La Masia, Clairefontaine ou les centres allemands, et revendiquent de plus en plus fièrement leurs racines. Le réservoir de talents éligibles aux couleurs maghrébines n'a jamais été aussi vaste — ni aussi bien encadré.
Un effet d'entraînement enclenché. La demi-finale de 2022 a fait basculer un imaginaire : le Maroc est devenu le porte-drapeau du football africain et arabe, suivi par des centaines de millions de personnes. Avec la CAN 2025 organisée au Maroc et la Coupe du monde 2030 co-accueillie sur le sol marocain, l'écosystème entier — visibilité, investissements, modèles — s'accélère.
Il y a dix ans, un Maghrébin dans le Top 10 relevait de l'exploit. Aujourd'hui, deux y sont montés. Demain, l'un d'eux montera peut-être sur la plus haute marche. De l'exception à l'évidence
Alors, un joueur maghrébin gagnera-t-il un jour le Ballon d'Or ? Tout indique que la réponse n'est plus une affaire de si, mais de quand. Le talent a déjà touché du doigt le sommet. La formation suit. Le monde regarde. Il ne manque plus que ce joueur-là, au bon poste, dans le bon club, la bonne année — celui qui transformera un siècle d'attente en première page d'histoire.
En résumé : deux Maghrébins seulement ont atteint le Top 10 du Ballon d'Or — Riyad Mahrez (7ᵉ en 2016) et Achraf Hakimi (6ᵉ en 2025, record absolu). Deux autres l'ont gagné avec du sang algérien sous le maillot français, Zidane (1998) et Benzema (2022). Le candidat le plus réaliste pour un sacre à venir reste Lamine Yamal, d'origine marocaine. Le premier vrai Ballon d'Or maghrébin n'est peut-être pas encore né — mais tout converge pour qu'il le devienne.