Pourquoi les joueurs algériens sont surnommés les Fennecs ?

Mahrez célèbre un but avec les Fennecs d'Algérie

À chaque entrée des Verts d'Algérie sur la pelouse, le même cri jaillit des tribunes : "One, two, three, viva l'Algérie !" Et derrière le slogan, un mot devenu inséparable de la sélection : les Fennecs. Aux côtés des Lions, des Éléphants et des Étalons, ce petit renard du désert occupe une place à part dans le bestiaire footballistique africain.

Mais d'où vient ce surnom, finalement assez tardif dans l'histoire de la sélection ? Pourquoi avoir choisi un animal de moins de deux kilos pour représenter une nation entière sur les pelouses du monde ?

Les Fennecs d'Algérie, un surnom tardif

Première surprise : "Fennecs" n'est pas un surnom historique de la sélection algérienne. Pendant des décennies, les supporters et les médias du pays parlent surtout de l'EN (l'Équipe Nationale), des Verts (El Khadra, en référence à la couleur du maillot) ou encore des Guerriers du désert. Le petit renard, lui, attendra son heure.

Equipe d'Algérie à la CAN 2004

Il faut attendre la CAN 2004 en Tunisie pour voir le terme "Fennecs" s'installer dans la presse, principalement française. Le mot, plus exotique, plus identifiable qu'El Khadra, est repris par les commentateurs, puis par les supporters de la diaspora, particulièrement nombreux en France. Petit à petit, l'image colle.

Quand la presse française a baptisé l'équipe avant l'Algérie elle-même

Curieusement, ce sont les médias de l'autre rive de la Méditerranée qui ont popularisé "Fennecs". En Algérie, on a longtemps préféré El Khadra, l'EN ou les Guerriers du désert. Le surnom met près de dix ans à s'imposer pleinement dans le langage courant, porté notamment par les Algériens de France et par le trophée du Fennec d'Or, créé pour récompenser les meilleurs joueurs algériens de l'année.

Vulpes zerda : le plus petit canidé du monde

Pour comprendre pourquoi ce nom a si bien pris, il faut s'enfoncer dans le Sahara. Scientifiquement, le fennec s'appelle Vulpes zerda. C'est tout simplement le plus petit canidé de la planète : entre 20 et 40 centimètres de long, une queue touffue de 18 à 30 centimètres, et un poids plume de 1 à 1,9 kilo. À peine plus qu'un chat domestique.

Fennec dans un désert algérien

Mais ce qui frappe d'abord, ce sont ses oreilles démesurées, pouvant atteindre 15 centimètres — soit près de la moitié de sa taille corporelle. Ces oreilles, véritables radiateurs vivants, dissipent la chaleur et offrent une ouïe d'une finesse redoutable, capable de détecter un insecte courant sous le sable. Son pelage couleur crème-sable lui sert de camouflage parfait dans les dunes, ses coussinets fourrés le protègent du sol brûlant, et ses reins sont capables de filtrer l'eau avec une telle efficacité qu'il peut survivre de longues périodes sans boire.

La particularité du fennec ? Il survit aux températures les plus extrêmes !

Le fennec vit principalement dans le Grand Erg Oriental algérien, où la surface du sable peut atteindre 70°C en plein jour. Animal nocturne, il creuse des terriers de jusqu'à 120m² comportant parfois quinze entrées, dans lesquels la température reste stable autour de 30°C. C'est cette résilience extrême — petit, discret, mais inatteignable — qui en fait, dans l'imaginaire algérien, l'incarnation parfaite d'un peuple ayant traversé les épreuves de son histoire.

Du Sahara aux tribunes : le Fennec devient le totem national algérien

Bien avant le football, le fennec est déjà l'animal national de l'Algérie. On le retrouve dans les publicités, dans les manuels scolaires, sur les paquets de bonbons, et même comme inspiration du célèbre renard dessiné par Saint-Exupéry dans Le Petit Prince. Symbole d'intelligence, de ruse et d'adaptation, il colle parfaitement à la culture populaire du pays.

C'est dans les années 1980 que le rapprochement avec l'équipe nationale commence à se faire. La qualification historique pour la Coupe du Monde 1982 en Espagne, marquée par le mythique 2-1 contre l'Allemagne de l'Ouest à Gijón, propulse la génération Madjer-Belloumi-Assad au sommet. L'image du petit animal qui surprend les géants prend tout son sens.

Qu'est-ce que le Fennec d'Or ?

Le surnom s'institutionnalise notamment grâce au Fennec d'Or, trophée récompensant chaque année le meilleur joueur algérien. Lors de l'édition 2025 organisée à Paris, c'est Ramy Bensebaïni (Borussia Dortmund) qui a été sacré, devançant Mahrez, Amoura, Gouiri et Aït-Nouri. Le trophée de Légende est revenu à Lakhdar Belloumi, surnommé "le maître de la passe aveugle".

Le fennec sur le maillot d'Algérie : la consécration de 2010

Si le surnom apparaît au début des années 2000, l'animal lui-même ne fait son entrée officielle sur la tunique de la sélection qu'au Mondial 2010 en Afrique du Sud. L'équipementier Puma imprime alors une petite tête de fennec stylisée sur l'épaule droite des joueurs et sous le col du maillot. Le détail est discret, mais symboliquement énorme : pour la première fois, l'animal-totem accompagne officiellement les joueurs algériens sur la pelouse.

Fennec d'or 2025

Dans la décennie qui suit, le terme s'impose définitivement. Les commentateurs d'Eurosport, de beIN Sports et de Canal+ en font un usage systématique. Les supporters reprennent. Les produits dérivés se multiplient. Le fennec, longtemps cantonné aux livres d'école, devient une marque footballistique à part entière.

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