Guerriers du désert : le surnom méconnu de l'équipe de football d'Algérie

Guerriers du désert : le surnom méconnu de l'équipe de football d'Algérie

Gijón, 16 juin 1982. L'Algérie, novice absolue à la Coupe du monde, vient de battre l'Allemagne de l'Ouest, championne d'Europe en titre, sur le score de 2 buts à 1. Dans les tribunes du stade El Molinón, les commentateurs cherchent leurs mots. Sur les ondes algériennes, l'expression sort, presque malgré elle : "Les Guerriers du désert ont fait tomber le géant !" Ce jour-là, un surnom vient de naître.

Bien avant que la presse française ne popularise les Fennecs, bien avant les chants des ultras, l'équipe d'Algérie portait déjà un autre nom — plus martial, plus chargé d'histoire. Les Guerriers du désert. Trois mots qui racontent à eux seuls une géographie, une mémoire et une manière de jouer au football.

Une métaphore née sur les terrains, pas dans les journaux

Contrairement aux Fennecs, dont on peut presque dater l'apparition (CAN 2004, presse française), le surnom de Guerriers du désert n'a pas de paternité officielle. Il émerge progressivement dans les années 1980, porté par la génération dorée de la Coupe du monde 82, et s'installe sans qu'aucun journaliste ne le revendique vraiment. C'est un surnom de tribune et de commentaire, pas de marketing.

Equipe d'Algérie de 1982

L'image puise dans deux imaginaires entremêlés. Géographique d'abord : l'Algérie est le plus grand pays d'Afrique, et plus de 80% de son territoire est saharien. Historique ensuite : la mémoire combattante du pays, marquée par les huit années de la guerre d'indépendance (1954-1962), où la guérilla du désert a tenu en échec l'une des plus grandes armées d'Europe.

L'équipe nationale algérienne porte trois surnoms officiels, et trois seulement : les Verts pour la couleur, les Fennecs pour l'animal, les Guerriers du désert pour le caractère. Le troisième est sans doute le plus chargé symboliquement : il ne décrit pas un maillot ni un totem, mais une manière d'aborder le combat sportif.

Gijón 1982 : l'acte de naissance d'une légende

Le 16 juin 1982 reste, à ce jour, le match le plus important de l'histoire du football algérien. Et probablement l'un des plus grands exploits du football africain tout court. Face à l'Allemagne de l'Ouest de Karl-Heinz Rummenigge, Paul Breitner et Pierre Littbarski, l'Algérie aligne une équipe inconnue du grand public européen, emmenée par Lakhdar Belloumi, Rabah Madjer et Salah Assad.

Equipe d'Algérie de 1982

Le sélectionneur allemand Jupp Derwall, dans une fameuse phrase de mépris, avait promis avant le match que "si l'Allemagne perdait, il rentrerait à Düsseldorf en train." Ses adjoints, envoyés espionner les Algériens en match de préparation, lui avaient pourtant remis un rapport vidéo alarmant. Derwall ne le montra jamais à ses joueurs. "Ils m'auraient ri au nez", justifiera-t-il après coup.

Quatre-vingt-dix minutes plus tard, Madjer ouvrait le score, Belloumi doublait la mise, et l'Algérie écrivait l'une des plus grosses surprises de l'histoire des Coupes du monde — comparable aux victoires des États-Unis face à l'Angleterre en 1950 ou de la Corée du Nord face à l'Italie en 1966. Pour la première fois, une équipe africaine battait une équipe européenne au Mondial.

"Nous étions un groupe très soudé et avions tous en tête que c'étaient les 20 ans de notre indépendance. Nous étions déterminés à être dignes de notre peuple", confiera plus tard Lakhdar Belloumi. La dimension symbolique du match dépassait largement le terrain.

La "honte de Gijón" et la naissance d'un mythe

Le destin des Guerriers du désert allait se jouer neuf jours plus tard, le 25 juin 1982, dans le même stade. La RFA affrontait l'Autriche pour la dernière journée du groupe. Un score de 1-0 pour l'Allemagne qualifiait les deux équipes européennes et éliminait l'Algérie. Hans Hrubesch marque à la dixième minute. Et pendant 80 minutes, les deux équipes se contentent de se passer le ballon, sans aucune intention d'attaquer.

Capitaines de la RFA et de l'Autriche se serrant la main à Gijon

Dans les tribunes, le public espagnol scande "Argelia, Argelia !" et crie "vergüenza !" (honte !). Un supporter allemand brûle son drapeau national. La FIFA, ulcérée, changera ses règles dès 1986 : les matchs de la dernière journée se joueront désormais simultanément. Mais pour l'Algérie, c'est trop tard. Les Guerriers du désert rentrent à Alger, éliminés.

Paradoxalement, c'est cette défaite injuste qui a soudé le surnom à la sélection. Battus mais admirés, éliminés mais respectés, les Algériens deviennent dans l'imaginaire collectif les guerriers qu'on n'a pas réussi à vaincre sportivement. Une posture qui colle parfaitement à l'image d'un peuple ayant traversé les épreuves les plus dures.

Trois surnoms, une seule identité algérienne

Aujourd'hui, les trois surnoms de l'équipe d'Algérie coexistent sans jamais vraiment se gêner. Les Verts (El Khadra) reste le plus utilisé en Algérie, dans la presse locale et chez les supporters. Les Fennecs domine à l'international, sur les chaînes européennes et chez les Algériens de la diaspora. Les Guerriers du désert, lui, est réservé aux grands soirs — quand le récit prend le pas sur la simple identification, quand un journaliste cherche à rendre justice à l'histoire.

Quarante-quatre ans après Gijón, à l'heure où Riyad Mahrez prépare ses dernières grandes échéances et où une nouvelle génération — Amoura, Maza, Aït-Nouri — émerge, les Guerriers du désert continuent leur marche. Petits dans le bestiaire africain, mais toujours debout. Toujours en marche dans le sable.

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